mardi 30 décembre 2008

Episode 2 : L'école de l'aventure


Remplacer la vieille bique n’est assurément pas une mince affaire car il faut aux instances administratives une semaine entière avant de diligenter la bonne personne. Les enfants durant ce temps culpabilisent entre un sentiment de tristesse car la vieille est tout de même morte (peut être auraient-ils préféré un accident grave dont elle ne se serait jamais vraiment remise) et une joie euphorique car elle ne reviendra plus les martyriser. Le super-bonus réside évidemment dans cette semaine d’école buissonnière imposée. « Profitez bien les enfants, parce que la reprise va vous faire drôle !» claironne Madame Girardot, la voisine rabat-joie. « De toute façon, cela ne peut pas être pire que la Mère Bernard ! » rétorque Lylou avec assurance. Malheureusement, le temps n’est pas au beau fixe sur l’Est de la France. Lylou se voit contrainte de rester enfermée deux journées entières tellement il pleut. Elle en profite pour ressortir une poussiéreuse boîte de peinture. Laissant son esprit divaguer, elle peint sans réfléchir, comme animée par une force créatrice extérieure. Son dessin terminé, elle frétille de satisfaction. « Cela ne ressemble à rien mais c’est exactement ce que je voulais faire ! » dit-elle ravie en le punaisant au dessus de sa table de nuit.

Le lundi de la reprise arrive et tous les enfants du village se dirigent vers l’école. Ils sont dans leurs petits souliers car la personne qui est désormais nommée régnera sur leur quotidien scolaire durant plusieurs années. « Pourvu que le tirage au sort nous soient favorable » chuchotent les élèves en entrant dans la cour. Et là, tel un mirage dans le désert, telle une apparition divine, les gamins aperçoivent un jeune homme fièrement campé sur ses deux jambes. Les bras croisés, il observe en souriant l’arrivée de ses nouveaux élèves. Les plus sérieux se dirigent vers lui pour le saluer et se rangent automatiquement comme les semaines précédentes. Un peu surpris et amusé, il les laisse faire sans dire un mot. Quelques grands, plus rebelles, s’amusent au fond de la cour et attendent l’appel du professeur. A la physionomie du personnage, ils savent déjà que la famine pédagogique du temps de la vieille a laissé place à une période d’embellie dont ils n’imaginent pas encore les bienfaits.

Après avoir rassemblé ses élèves, le jeune maître d’une voix ferme mais douce les invita à prendre place à leurs pupitres habituels. « Mes chers enfants, nous connaissons tous les tristes circonstances qui m’ont amené jusqu’à vous. Il n’est pas nécessaire qu’on y revienne. Tout d’abord, je tiens à me présenter : Philippe Fontaine, votre nouvel instituteur pour cette année et toutes celles qui suivront, si Dieu me prête vie. » Il enchaîne aussitôt en faisant l’appel de toute la classe et sortant un livre du tiroir de son bureau, il se met à lire à haute voix.

Surpris, les élèves commencent à sourire. Un petit vent d’agitation trouble l’assemblée. Antoine, le grand rigolo du CM2 commence déjà à faire de petites grimaces dans le dos du maître qui, sans même se retourner, lui propose de copier 50 fois le passage qu’il est en train de lire. Cette première intervention fige la classe entière qui, calmée, se laisse dompter par la chaude voix et l’aventure naissante du récit. La lecture dure une demi-heure sans que les enfants ne s’en rendent réellement compte. Soudain la voix du professeur attaque un crescendo pour ajouter du dramatique au suspense qui se tisse depuis plusieurs minutes. Toutes les bouches sont ouvertes quand soudain il annonce : « Prenez votre cahier bleu et rédigez-moi immédiatement la suite de cette histoire ! ». Un brouhaha de frustration et de protestation enfle dans la classe. « On ne discute pas et on se met au travail tout de suite ! » Les questions des enfants commencent à fuser de toute part. « Pas de question ! Vous êtes l’auteur de ce livre et vous racontez votre histoire à votre manière ! C’est parti ! »

Pour une entrée en matière, c’est plutôt étonnant. Chaque élève, quelque soit son niveau, se met alors au travail et en quelques secondes, le silence occupe tout l’espace. Au bout d’un quart d’heure, pour relancer les plumes en suspend, l’instituteur lance : « A partir de la prochaine phrase, vous intégrez un nouveau personnage avec un animal sur l’épaule… et pas de question, au travail ! ». D’autres interventions de ce genre suivent jusqu’à ce que le maître ajoute : « Un événement climatique perturbe le déroulement de votre aventure que vous interrompez face à deux alternatives possibles… Je ramasse les cahiers dans trois minutes. »

vendredi 12 décembre 2008

Episode 1 : Lylou et la vieille maîtresse


Lylou, fille de la campagne née dans les vallons de l’Est de la France, grandit comme une petite sauvageonne. Sa famille, très appliquée à gagner le pain quotidien, la laisse libre d’occuper son temps solitaire. Elle sillonne ainsi toutes les forêts voisines, connaît chacune des sources du canton et trône fièrement parmi les branches des arbres centenaires qui l’ont prise en affection. Au village, Lylou est connue de tous et provoque ce curieux mélange d’admiration, de curiosité et de méfiance dans les yeux de la population. Une sorte de respect craintif garde les villageois à distance de la fillette, comme s’ils étaient persuadés qu’elle détenait quelques puissants pouvoirs.

Bien qu’elle soit une petite nymphe des bois, sa vie est néanmoins rythmée par l’école qu’elle n’apprécie guère. Il faudra attendre le départ de la vieille maîtresse Mme Bernard pour que Lylou se réconcilie avec le monde éducatif. Cette vieille bique d’institutrice brime les enfants parce qu’elle est malheureuse. Elle est d’autant plus méchante avec les élèves qui sont sûrs d’eux et qui rayonnent de vitalité. Derrière les culs de bouteilles qui sont censés améliorer son acuité visuelle, les petits yeux noirs de cette vieille chouette terrorisent toute la marmaille. Les parents n’en mènent pas large non plus. Certains l’ont eu comme maîtresse durant leur enfances et ont souffert jusqu’au jour de la libération : le passage dans le cycle supérieur.

Le nombre restreint d’enfants au sein de la commune impose l’instauration d’une classe unique. Depuis trois décennies, la jeunesse du village vient souffrir de concert sur les bancs de l’école primaire. Lorsqu’un enfant rentre à l’école communale, il sait qu’il se tapera la vieille durant quatre longues années, s’il n’a pas le malheur de redoubler. Comme tous ses camarades, Lylou nourrit l’espoir qu’une mort violente et rapide s’abatte sur Mme Bernard. « Il faut qu’elle crève, il faut qu’elle crève, il faut qu’elle crève… » scande régulièrement la petite fille du haut de son chêne préféré pour implorer les bons esprits : ceux qui terrassent le mal sur cette terre.


Un matin d’hiver, le rêve devient réalité, la maîtresse est morte. Tout le village s’afflige poliment bien qu’intérieurement une sorte de sentiment de justice les inonde de la tête au pied. Ceux qui ont le plus souffert disent ouvertement qu’il était temps que ça arrive. « Elle a eu de la chance de mourir dans son lit, j’aurais préféré qu’un loup lui saute à la gorge. » lâche Louis le garçon laitier. Il faut dire qu’il en avait subi des humiliations et des brimades. Tous ses camarades en avaient été témoins.

Lylou jubile à l’annonce de ce miracle. « Non seulement la vieille est morte mais en plus y’a pas classe. Merci mon dieu de ce sublime cadeau. Je ne t’en remercierai jamais assez ! ». La fillette danse dans la campagne givrée de ce mémorable blanc matin. Elle chante sa joie, cette nouvelle liberté dont elle avait rêvée et qu’elle a encore du mal à réaliser. L’hiver dans ses poumons et l’été dans son cœur font bouillonner tout son être. Elle sent que sa vie amorce un nouveau virage. A juste titre d’ailleurs car son retour en classe va lui offrir le plus beau des cadeaux ; un présent qu’elle chérira tout au long de sa vie.


vendredi 5 décembre 2008

Bienvenue dans le feuilleton artistique de Sorg

Vous êtes en train de jeter un coup d'oeil par la lucarne, la petite fenêtre d'un laboratoire où l'alchimie des arts bouillonne continuellement. Approchez et écoutez la transformation du plomb en or ! Sentez-vous les parfums étranges et envoûtants qui s'en dégagent ? Asseyez-vous et goûtez à cette surprenante cuisine qui n'attend que ses invités dont vous faites partie ! Restez quelques minutes et venez toucher du doigt l'existence d'un personnage nommé SORG.